S’écrire et s’écrier en un seul jet

En résidence d’écriture jusqu’au 21 février, Elodie Torrente met un point final à son deuxième roman. Et à ce qu’elle a vécu à Brive où elle a passé sa jeunesse. L’affaire judiciaire. Les Assises. C’était il y a 30 ans. Sa fiction est gage de réconciliation.

Elodie Torrente parle vite. Elle parle beaucoup. Rarement pour ne rien dire. Comme dans ses textes. « Quitte à prendre le clavier, autant que cela soit pour des choses importantes ». Elle a écrit beaucoup, des nouvelles surtout qui ont été publiées, participé à des concours dont elle a souvent été lauréate et même créé le sien : le concours des nouvelles humoristiques.

La première nouvelle, celle qui a tout accéléré, au début des années 2000, était sur l’histoire vraie de cette femme dont le visage a été refait après qu’un chien l’a dévoré. « Dans les infos, ça fait trois lignes mais derrière, ce sont des vies qui basculent. » Postée sur son blog, cette histoire a touché les lecteurs. « J’ai réussi à les embarquer. » Elle a continué.

C’est la colère qui est à l’origine de son premier roman VOSTFR (Version originale sous titrée français) publié chez NDB édition l’an dernier. « Ma fille est sourde, comme deux millions de personnes en France. Je n’ai jamais pu aller au cinéma avec elle. De même, 96% des DVD ne sont pas sous-titrés pour les personnes malentendantes. Je le voulais et je l’ai écrit grand public. Tout ce qui m’intéressait, c’était que les gens entendent ce qu’être sourd signifiait. »

Son deuxième livre, celui qu’elle est venue terminer dans la maison de la rue Jean Fieyre à l’invitation de la Ville de Brive, est différent. « C’est un roman sur et pour les femmes. Là, j’avais envie de me mouiller vraiment, de m’arracher les tripes et celles du lecteur avec. J’ai voulu des phrases percutantes sans chercher à faire pleurer. Le pathos, c’est détestable. »

Largement autobiographique, dans ce livre, l’auteur se met à nu. Elle mène l’enquête sur son passé. L’affaire judiciaire. Les Assises. Tout est vrai, même si elle passe par le détour de la fiction pour mieux le raconter. Comment les choses se seraient passées si les faits avaient eu lieu aujourd’hui, questionne-t-elle, alors qu’il faut 10 ans et 10.000 euros pour aller jusqu’aux Assises. Le roman se passe aujourd’hui mais c’est bien 30 ans en arrière qu’elle a dû se replonger, ici à Brive. Là où elle a fait sa scolarité, où elle a été serveuse dans une discothèque. Là où ses parents tenaient le buffet de la gare.

Tout est arrivé en même temps : la consultation de son dossier aux archives départementales de Tulle finalement autorisée après tant et tant de demandes et de courriers, celui de sa résidence à Brive accepté…
Elle a quitté Anvers sur Oise (95) où elle habite et mis entre parenthèse les ateliers d’écriture qu’elle anime. « Je me suis rendue compte que j’avais fait écrire la terre entière, sauf moi ! » Il était temps d’y remédier.

Au début de sa résidence, elle s’est attachée à retranscrire dans son roman tous les éléments de son dossier consultés à Tulle. Mot pour mot. Coup pour coup. « Je laisse même les fautes d’orthographe », sourit-elle. « J’arrive à la fin, il fera bien 450 pages. » La fiction est déjà écrite. Restera ensuite tout le travail de relecture. « Je suis contente de faire ça à Brive. J’entame un mois de bonheur qui me réconcilie avec la ville. C’est l’occasion pour moi de mettre un point final à cette histoire. Pour que ça ne se reproduise pas dans ma famille et pour passer le flambeau au lecteur. » La page sera alors vraiment tournée. Un second chapitre pourra s’ouvrir. Un nouveau roman. Il est même déjà écrit. C’est un polar humoristique. Une critique du monde de l’édition. « Une grosse plaisanterie ! » Puis il y aura le suivant auquel elle sait déjà qu’elle devra bien s’attaquer. Sur sa mère. Elle a déjà le titre. A la tienne !