Auteurs en résidence: Le livre d’après

Depuis 2011, une vingtaine d’auteurs sont venus en résidence d’écriture à Brive. Il reste de leur passage dans la cité des liens tissés avec les habitants, des ateliers animés, des envies d’écriture cultivées et bien sûr aussi des livres publiés à l’occasion de cette parenthèse heureuse et féconde durant laquelle nombreux sont ceux à décrire une « liberté d’écriture totale », une « apesanteur sociale ». La plupart d’entre eux ont continué leur chemin d’écrivain et donné naissance à d’autres livres, à la faveur d’autres résidences parfois. Voici leurs derniers ouvrages parus ou à paraître.

Né d'aucune femmeCe roman, qu’il était venu terminer à Brive lors de sa résidence d’écriture en septembre 2017, met tout le monde d’accord: critiques et lecteurs. Désormais brille la destinée de Rose, gamine de 14 ans, salie par la vie et souillée par les hommes, héroïne malgré elle de ce roman éblouissant qui fouille les entrailles du mâle et les abysses du mal.

Ce roman est lauréat du Grand Prix des lectrices de Elle, du prix du roman inspirant Psychologies magazine, du Prix des libraires et du premier Prix Babelio. Il a également remporté le prix de La Maison du livre de Rodez et le Prix Passion Passerelles de la librairie Passerelles de Vienne.

Franck Bouysse, né en 1965 à Brive-la-Gaillarde, a été enseignant en biologie et se lance dans l’écriture en 2004. Grossir le ciel en 2014, puis Plateau en 2016 rencontrent un large succès, remportent de nombreux prix littéraires et imposent Franck Bouysse sur la scène littéraire française. Il partage aujourd’hui sa vie entre Limoges et un hameau en Corrèze.

  • Sophie Divry, Trois fois la fin du monde, chez Notabilia. Août 2018

Trois fois la fin du mondeAprès un braquage avec son frère qui se termine mal, Joseph Kamal est jeté en prison. Gardes et détenus rivalisent de brutalité, le jeune homme doit courber la tête et s’adapter. Il voudrait que ce cauchemar s’arrête. Une explosion nucléaire lui permet d’échapper à cet enfer. Joseph se cache dans la zone interdite. Poussé par un désir de solitude absolue, il s’installe dans une ferme désertée. Là, le temps s’arrête, il se construit une nouvelle vie avec un mouton et un chat, au cœur d’une nature qui le fascine.
Trois fois la fin du monde est une expérience de pensée, une ode envoûtante à la nature, l’histoire revisitée d’un Robinson Crusoé plongé jusqu’à la folie dans son îlot mental. Une force poétique remarquable, une tension permanente et une justesse psychologique saisissante rendent ce roman crépusculaire impressionnant de maîtrise.

Sophie Divry est née en 1979 à Montpellier et vit actuellement à Lyon. Son premier roman, La Cote 400 (Les Allusifs, 2010 ; 10/18, 2013) a été traduit en cinq langues. Chez Notabilia, elle publie Journal d’un recommencement en 2013, puis La Condition pavillonnaire en 2014, qui reçoit la mention spéciale du Prix Wepler. Il sera suivi de Quand le diable sortit de la salle de bain (2015 ; J’ai Lu, 2017) et d’un essai : Rouvrir le roman (2017 ; J’ai Lu, 2018). Trois fois la fin du monde est son cinquième roman.

  • Jérôme Leroy, Lou après tout, Syros. À paraître le 16 mai.

Lorsque la civilisation s’est effondrée, le monde allait mal depuis longtemps. Bouleversements climatiques, émeutes, épidémies inquiétantes et dictatures… c’était un monde en bout de course où l’on faisait semblant de vivre normalement. Le Grand Effondrement était inévitable, mais nul n’aurait pu imaginer ce qui allait suivre.
Lou et Guillaume font partie des survivants. Elle est adolescente, lui a une trentaine d’années. Il l’a recueillie quand elle était toute petite. Réfugiés dans une ancienne villa perchée sur un mont des Flandres, ils savent que le danger peut surgir à tout instant.

La-petite-gauloiseL’un des derniers livres parus de cet auteur très prolifique est La petite gauloise, la manufacture de livres. Mars 2018.
Dans une grande ville de l’Ouest, le temps est suspendu et l’on s’attend au pire. Enfin, si seulement on savait à quoi s’attendre… Mais il aurait fallu que l’indic parle plus tôt. Ou que le flic auquel il s’est confié avant d’être descendu ne soit pas lui aussi tué par erreur. Il aurait fallu que les types qui préparent le coup ne se retrouvent pas éparpillés aux quatre coins de la ville, planqués dans des caves et des entrepôts. Il aurait fallu que cette affaire-là ressemble à ce que l’on connaît. Seulement qui pouvait prévoir que tout repose entre les mains d’une gamine encore au lycée, de cette petite gauloise mystérieuse et prête à tout pour que sa vie ait un sens.

Après Le Bloc et L’Ange gardien, Jérôme Leroy, subtil observateur des dérives politiques et identitaires de notre société, offre un nouveau roman incisif et troublant.

Jérôme Leroy, né à Rouen le 29 août 1964, est un écrivain français auteur de romans, de romans noirs, de romans pour la jeunesse et de poésie. Ancien professeur à Roubaix, il publie son premier roman en 1990, pour lequel il reçoit le Prix du Quartier latin. Lauréat du Prix de l’Académie française (2010) mais aussi de nombreux autres, il est l’auteur de nombreuses préfaces. 

  • Marc Pautrel, La vie princière, Gallimard. Janvier 2018

La vie princière« Puisque le Domaine est une propriété privée et qu’il ne passe ici qu’un ou deux véhicules par jour, nous marchons en plein milieu de la chaussée, la route nous appartient, on dirait qu’elle a été tracée pour nous seuls au milieu des vallons, percée à flanc de coteau puis parfaitement aplanie, égalisée et goudronnée uniquement pour que toi et moi puissions y marcher tous les deux côte à côte le plus confortablement possible, et parler, parler sans cesse, expliquer, imaginer, se souvenir, inventer, interroger, démontrer, raconter, échanger nos idées, nos mots, nos vies. »

Marc Pautrel est né en 1967. Après des études de droit, il a décidé de se consacrer à l’écriture. Il a publié sept romans aux Éditions Gallimard dans la collection «L’Infini» : L’homme pacifique (2009), Un voyage humain (2011), Polaire (2013), Orpheline (2014), Une jeunesse de Blaise Pascal (2016), La sainte réalité (2017) et La vie princière (2018).

  • Andréas Becker, Ulla ou l’effacement aux éditions d’En bas. À paraître en mars.

Ulla ou l'effcacementLentement, une femme s’efface devant le monde. Autour d’elle, les silences, les absences, une clarté presque insoutenable, les paysages vides du Nord de l’Allemagne. Elle s’allonge sur un canapé, chez elle, dans son salon ; seuls l’alcool et les médicaments la font encore bouger. Le médecin est formel, la mort approche par cirrhose du foie. Andréas Becker accompagne la malade d’une langue ciselée et tendre, d’une langue qui cherche constamment à dire ce qui est encore exprimable quand la vie s’en va, mais quand l’amour se tisse. Malgré la tristesse de la mort se crée ainsi une espérance dans ce qui restera et que Becker nomme alors ça. Ça, c’est Ulla.

Andréas Becker, né en 1962 à Hambourg en Allemagne, vit et travaille aujourd’hui à Paris. Après une carrière commerciale dans différents domaines, il se consacre à l’écriture et au dessin. Il a publié aux Editions de la Différence trois romans: L’Effrayable (2012), Nébuleuses (2013) et Les Invécus (2016). Les éditions d’En bas rééditent ces trois romans en 2018.

  • Théo Ananissoh, Delikatessen, chez Gallimard. Octobre 2017

Delikatessen«Soudain, ils sont devant la mer océane. L’infinie et mugissante masse liquide. Cette agitation immémoriale. Les phares éclairent les vagues têtues et leur écume blanchâtre. Énéas prend peur ; véritablement. On retrouvera peut-être son corps gonflé d’eau salée plus loin à l’est, sur la plage d’Aného, la ville, le pays de ses parents. Ils vont le noyer! Voilà ce qu’ils ont en tête.»
Lomé, Porto, Aného en Afrique de l’Ouest. Des villes baignées par l’Atlantique. Ensoleillées le jour, venteuses la nuit. Un ballet à haut risque. Quatre hommes et une femme. Point de fixation de tous les désirs : Sonia Sika, trente-deux ans, deux enfants, célèbre animatrice d’une télé locale, gérante d’un bistrot, en instance de divorce. Les hommes sont d’âges, de conditions et de qualités opposés. Prise au jeu de la séduction, Sonia esquive, s’abandonne, s’échappe. C’est la folle et périlleuse danse des ardeurs dans une société où tout naît, croît et se métamorphose sur la plus obscène corruption.

Théo Ananissoh est né en 1962 en Centrafrique de parents togolais. Après des études de lettres à la Sorbonne, il a enseigné la littérature africaine francophone à l’université de Cologne. Chroniqueur à la revue littéraire L’Atelier du roman, il a publié aux éditions Gallimard : Lisahohé (2005), Un reptile par habitant (2007), Ténèbres à midi (2010). Aux éditions Elyzad sont parus un récit sur la jeunesse tunisienne dans le recueil Vingt ans pour plus tard (2009) et les romans L’invitation (2013) et Le soleil sans se brûler (2015).

La MétalloSi Yvonnick a un prénom et des bras d’homme, c’est grâce à sa mère qui lui a appris à se défendre des coups. Et ces bras d’homme, Yvonnick en a bien besoin depuis que son mari, qui travaillait à J.J. Carnaud et forges de Basse-Indre, l’ancêtre d’Usinor puis d’Arcelor, n’est plus là. En acceptant de prendre sa relève à la forge, la jeune veuve et mère d’un enfant fragile, élevée dans le marais salant breton, devient métallo. Une vie ouvrière de lutte qui ne l’empêche pas de se faire respecter des hommes ni de gagner son indépendance, et surtout, d’être fière de son travail à l’usine et de sa communauté solidaire. Mais cette fierté, menacée dès 1968, se rompt au fil du temps, les notions de rentabilité, de courbes et de tableaux de chiffres chassant l’idée d’un combat pour une vie meilleure.
Inspiré d’un authentique témoignage, le destin d’Yvonnick fait revivre un monde aujourd’hui disparu. De l’apogée de l’industrie française dans les années 50 à son déclin en 1980, Catherine Ecole-Boivin trace, dans ce roman d’une vie peuplée d’étincelles, le portrait empreint d’humanité du monde ouvrier.

Catherine École-Boivin est née dans la Hague et habite depuis presque 20 ans en Loire Atlantique. Biographe et romancière, elle prépare en 2018 un doctorat en sciences humaines à l’université de Nantes. Elle est également professeure à Saint Nazaire.

La chute de la grande roueL’auteur du Prix Malarmé en 2015 pour La Perte du temps (Castor astral) nous ouvre une nouvelle fois les portes du mystère humain avec La chute de la grande roue.
« Arrivé tard, pour presque aussitôt disparaître, l’être humain se retrouve devant le tricot quantique et la pelote des planètes, comme son ancêtre lointain sur le seuil de sa grotte, à contempler la chute de la Grande Roue du firmament nocturne… Et l’on en revient, de la même façon, à l’enfant que l’on est resté, lorsqu’on se rassemblait autour du grand fournil, pour cuire dans la même flambée du samedi les baguettes, les miches pour la semaine, les croissants, les tartes en roue de brouette du dimanche… et chauffer l’eau du tub où, tour à tour, la famille prendrait son bain jusqu’au déshabillage enjoué des sœurs, des petites cousines, et leurs rires devant le jeune ado rougissant ! La Grande Aventure est là, dans le poème près des choses et des gens, car nous n’aurons rien d’autre à absorber, pendant l’épopée obscure de la matière de l’âme et de l’instant lumineux de l’amour. »

Poète majeur de la littérature francophone, Werner Lambersy a composé une œuvre très riche. Mais il n’avait jamais écrit pour le jeune public. Pour les éditions Motus, il a conçu Le sous-marin de papier (août 2017), recueil poétique où tout prend vie, dans la connivence, la surprise et la délicate inventivité.
En 2017, le poète a également fait paraître: Lettre à un vieux poète, aux éditions Caractères et Hommage à Calder, aux éditions Rhubarbe.

Né à Anvers, Werner Lambersy vit et travaille à Paris. Variant le ton et la forme, de l’extrême dépouillement à une respiration ample, sa poésie poursuit une méditation ininterrompue sur le dépassement par l’amour et l’écriture. Il est aujourd’hui traduit dans plus de 20 langues.
A noter dans son œuvre, parmi les nombreux recueils parus : Maîtres et maisons de thé (1979) une œuvre majeure, deux anthologies personnelles : Présence de la poésie (Les Vanneaux) et  L’éternité est un battement de cils chez Actes Sud; également La dent tombée de Montaigne, ADN Éditions (avril 2016).

  • Velibor Čolić, Chronique des oubliés aux éditions du Rocher.

Chronique des oubliesCe livre évoque l’égarement et les souffrances de ceux qui ont pris le chemin de l’exil, le plus grand qu’on ait connu depuis la Seconde guerre mondiale. Près d’un million et demi de Bosniaques errent de par le monde, déshonorés, perdus aussi bien dans l’espace que dans le temps. Ils ne sont plus que des réfugiés, ainsi que l’auteur de ces récits, lui aussi « réfugié yougoslave ». Tel est leur dénominateur commun.
C’est la peur de ce genre d’oubli qui a poussé l’auteur à consigner à nouveau les destinées des Bosniaques, Musulmans, Serbes et Croates, dans le tourbillon de la guerre. A écrire le singulier poème de leurs noms, de leur sang, lourd et irremplaçable, de leur malheur, malheur de ceux qui ont en un court laps de temps perdu leur patrie, leur maison, leur langue, leur culture.
Il l’a fait avec l’espoir sincère, et par là même d’autant plus taraudant, que cette étrange prière sauvera ces petites gens, qui s’avérèrent de grands hommes, d’une mort dénuée d’espérance. Espérance que tout cela n’est que passager et ne se reproduira plus. Puissent-ils en être sauvés du moins temporairement, le temps de la lecture d’un livre sur le vide effroyable, la profonde déchéance, la fugacité de la mémoire, l’oubli.

Velibor Čolić est né en 1964 en Bosnie. Jeune chroniqueur radiophonique et écrivain il s’est trouvé enrôlé dans l’Armée bosniaque aux pires moments de la guerre, témoin des abominations commises dans les tranchées et les villages « ethniquement purifiés ». Il déserte l’armée croato-bosniaque en 1992, puis est fait prisonnier avant de réussir à s’enfuir. Réfugié politique en France, il vit longtemps à Strasbourg, où il travaille dans une bibliothèque et collabore aux Dernières Nouvelles d’Alsace. Auteur de plusieurs ouvrages en serbo-croate (cinq en tout), traduits en français par Mireille Robin, il s’attache à combattre, par la littérature, le désarroi extrême de ceux qui ont vu abolir toute humanité en l’homme.

  • Philippe Mathy, Battements crépusculaires, chez Tetras Lyre. Janvier 2019

battements-crepusculaires-150x154Ces six poèmes sont nés suite à la découverte, par Philippe Mathy, de l’œuvre de Salvatore Quasimodo (1901-1968) et de ce poème qui figure en frontispice du livre : « Chacun se tient seul sur le cœur de la terre transpercé d’un rayon de soleil et soudain c’est le soir ». C’est la sixième collaboration de Philippe Mathy avec l’artiste André Ruelle. Leurs œuvres sont similaires à bien des égards. La même attention apportée à la contemplation et au silence. Une même sensualité pour les fruits d’ici-bas. Les deux artistes sont sensibles au monde qui s’anime ou s’agite autour de nous non pour le reproduire mais comme des artisans soucieux d’y déceler la beauté ignorée, la part invisible du rêve, des désirs.

Il a également publié Îles de la Gargaude aux édition de l’Atelier des noyers. Octobre 2018

Philippe Mathy, né en 1956, habite la Picardie belge. De formation littéraire, il enseigne à Tournai. Membre du comité de rédaction du Journal des poètes, il participe aussi au comité organisateur des Biennales internationales de la poésie de Liège. Il a publié notamment : l’Atelier des saisons (Cheyne, 1992, 1999), Monter au monde (Rougerie, 1994), Jardin sous les paupières (Le Taillis Pré, 2002), Un automne au creux des bras (L’Herbe qui tremble, 2009), Barque à Rome (id., 2011) et Sous la robe des saisons (id., 2013).

Le mauvais pliUn promeneur tente par trois fois de traverser le pli de la page mais ce pli, un peu facétieux, lui joue des tours.
La première fois, il se fait plier en deux alors que son chien beaucoup plus malin va contourner le livre et se retrouver de l’autre côté de la page.
La deuxième fois, traverser le pli va dédoubler notre promeneur qui au final va s’envoler comme un papillon et disparaître.
La troisième fois, le chien qui reste tout seul va s’approcher du pli et ce dernier va l’engloutir.
Un album plein d’humour sur la grande et mystérieuse mécanique du livre !

Juliette Binet est née en 1984 à Rennes. Elle grandit à Tours puis à Nantes, étudie aux Arts Décoratifs de Strasbourg où elle apprend à tailler ses crayons, entreprend de raconter des histoires en images et passe un diplôme en 2007. Elle vit et travaille désormais à Paris. Elle est l’auteur d’Edmond, Tels Quels et l’Ombre d’Igor chez Autrement, de Jonas et de L’Horizon Facétieux chez Gallimard Giboulées et du Cousin chez Albin Michel. Au Rouergue, elle a déjà publié Un courant d’air en 2012 et Hourra ! en 2015.