« Le bonheur, c’est la vie de la terre après moi »

Dans Nos vaches sont jolies parce qu’elles mangent des fleurs (Albin Michel, 2017), Catherine Boivin recueille la parole précieuse de Paul Bedel, paysan de 87 ans. Depuis qu’il a ouvert les portes de sa ferme avec vue sur la mer où n’entrent ni les engrais ni les pesticides mais les visiteurs par milliers, il lui arrive une drôle d’aventure.
« Je n’ai rien voulu du bonheur et je l’ai rencontré quand même en regardant mes vaches ne manger que de l’herbe et des fleurs. » Héros du documentaire Paul dans sa vie qui a rencontré un immense succès, Paul Bedel offre un témoignage profond, empreint de philosophie et de poésie.

Voilà près de 10 ans que Catherine Boivin dialogue avec Paul Bedel, né le 15 mars 1930 à Auderville, dans la presqu’île du Cotentin.
Du fin fond de sa ferme laitière qui l’a vu naître, l’octogénaire, vieillissant mais pleinement vivant, reste en lien avec le monde et les hommes sur lesquels il n’a eu de cesse d’écrire et de s’interroger. « C’est cela la sève de la vie« . Sur le bonheur par exemple, il s’est questionné des jours entiers : « Le bonheur, c’est la vie de la terre, après moi.« 
La terre autant que le papier, Paul Bedel aura beaucoup gratté. Sans cesse sur le métier, il a remis son cœur à l’ouvrage mais « je n’ai jamais creusé trop profond, ni en moi en réfléchissant ni en cultivant mes sols, sinon le trop ça étouffe. » Le paysan aux mains épaissies et salies par le labeur sait cela bien mieux que d’autres prétendument plus savants.
Sans jamais donner de leçons ni servir des discours prêts à consommer, Paul Bedel ouvre la réflexion. En nous parlant de lui, il nous parle de nous. De l’avenir que nous voulons et que nous nous préparons.

Catherine Boivin, romancière et biographe, est l’auteur d’une vingtaine de livres.