Les prix du moment

 

  • Le prix des Libraires

Né d'aucune femme« Ma première pensée a été pour Rose », nous confiait Franck Bouysse, quelques heures après avoir été distingué par le prix des Libraires 2019. Rose, c’est d’elle que tout est parti, elle qui illumine ce roman noir et porte chance à l’écrivain. La jeune et belle Rose est son héroïne. Née dans une famille miséreuse, elle mène aux côtés de ses parents et de ses sœurs une existence besogneuse mais heureuse. En tout cas jusqu’à ce que son père décide de la vendre au maitre des forges, un ogre, pour compenser ce fils jamais né du ventre de sa femme. Décision funeste s’il en est. Elle précipitera le sort de tous et les péripéties d’un roman qui s’aventure toujours plus loin dans l’horreur, sondant les racines du mal par une fouille viscérale du mâle.
Les atrocités subies par Rose sont détestables, jusqu’à l’insoutenable. C’est infernal. Infernal et sublime à la fois. Car sublime est la voix de Franck Bouysse, son écriture incandescente. C’est un livre qui happe complètement et hante longtemps.
Franck BouysseNé à Brive en 1965, Franck Bouysse s’est lancé dans l’écriture en 2004, s’illustrant à travers des romans marquants où le terroir se teinte de noir: Grossir le ciel, Glaise et Plateau qui avait remporté le prix des lecteurs de la Ville de Brive-Suez en 2016.
Avec Né d’aucune femme qu’il était venu terminer à Brive, en résidence d’écriture, Franck Bouysse s’enfonce plus avant dans la noirceur et entre dans la lumière. Unanimement salué par la critique et vendu à plus de 30 000 exemplaires quatre mois après sa sortie, le livre vient de recevoir les honneurs de la profession.
Créé en 1955, le prix des Libraires est décerné par un réseau de 1600 libraires indépendants. Il récompense des auteurs francophones n’ayant pas encore obtenu de prix littéraires majeurs, comme Laurent Gaudé ou Patrick Mondiano en leur temps, avant leur Goncourt, avant le Nobel.

Crédit photo: Pierre Demarty

  • Le prix Alexandre Vialatte

Le voyage du canapé-litDes 6 ouvrages sélectionnés au départ, il n’en reste plus qu’un: Le voyage du canapé-lit de Pierre Jourde (Gallimard) récompensé pour son esprit « vialatien » et son écriture qui « manie la dérision et l’autodérision dans un ouvrage rempli de digressions et d’apartés ».

Mal aimée par une mère avare et dure, sa fille unique, à la mort de celle-ci, hérite d’un canapé-lit remarquablement laid. Elle charge ses deux fils et sa belle-fille de transporter la relique depuis la banlieue parisienne jusque dans la maison familiale d’Auvergne. Durant cette traversée de la France en camionnette, les trois convoyeurs échangent des souvenirs où d’autres objets, tout aussi dérisoires et encombrants que le canapé, occupent une place déterminante. À travers l’histoire du canapé et de ces objets, c’est toute l’histoire de la famille qui est racontée, mais aussi celle de la relation forte et conflictuelle entre les deux frères.

Ce prix récompense chaque année au printemps un roman de langue française distingué pour ses « qualités d’écriture, sa liberté de ton et son indépendance d’esprit », « l’esprit Vialatte » résument les organisateurs.

Le jury du prix Alexandre-Vialatte est composé de deux membres permanents : Pierre Vialatte, fils de l’écrivain, et Jean Brousse, représentant le groupe La Montagne-Centre France.
Et de cinq membres qui siègeront pour la première fois : Marianne Payot, rédactrice en chef adjointe Livres de L’Express, Myriam Entraygues, chargée de mission Foire du livre de Brive, Claude Sérillon, auteur, journaliste, chroniqueur du groupe La Montagne-Centre France, Jacques Letertre, président de la société des Hôtels littéraires, Klaus Blocher, directeur délégué de Centre France Livres.
 
Relancé en 2011 par Jean-Pierre Caillard, président du groupe Centre France, pour le 40e anniversaire de la mort d’Alexandre Vialatte, ce prix est traditionnellement doté de 6.105 euros, soit la somme de la longueur du fleuve Congo (4.640 kilomètres) et de la hauteur du puy de Dôme (1.465 mètres).
 
Les huit derniers lauréats sont :
Jean Rolin (2018, Le Traquet kurde, POL), Eric Vuillard (2017, 14 juillet, Actes Sud), Eric Laurrent (2016, Un beau début, Minuit), Jacques A. Bertrand (2015, Brève histoire des choses, Julliard), Eric Chevillard (2014, Le désordre azerty, Minuit), Emmanuelle Bayamack-Tam (2013, Si tout n’a pas péri avec mon innocence, POL), Jean-Paul Dubois (2012, Le cas Sneijder, L’Olivier), Olivier Rosenthal (2011, Que font les rennes après Noël ?, Verticales).
 

  • Le prix Chadourne

JanetUne dizaine d’auteurs étaient en lice pour ce prix créé cette année par l’association « Les amis de Chadourne ». Il a finalement été remis à Michèle Fitoussi pour son roman Janet (JC Lattès).

Les membres du jury ont été séduits par le parcours de cette jeune femme: Janet Flanner, journaliste américaine, première correspondante, en France, du New Yorker. Elle fut l’une des figures du Paris artistique et intellectuel et écrivit une vraie chronique sur la France de l’entre-deux guerres.

Le jury était composé de Anne Barrière, Jean Brousse, Jean-Luc Coatalem, Blandine Hutin, Irène Frain, Christiane Kopylov, Laurent Personne, Michel Peyramaure, Christian Signol, Jean-Guy Soumy et Bernard Thomasson.

Ce prix est destiné à récompenser l’ensemble d’une œuvre ou un livre d’un écrivain francophone témoignant d’une réflexion littéraire sur l’état du monde actuel. Il se doit de refléter les objectifs de l’association: la promotion de la lecture et la diffusion d’œuvres de Louis et Marc Chadourne, écrivains limousins, nés à Brive.